Couleur froide  2010 Couleur froide 2010 Couleur froide 2010 Couleur froide 2010 
Né en 1939 en Normandie, John Batho se consacre à la photographie à partir de 1961. À une époque où prédomine le noir et blanc, il concentre ses recherches sur les qualités plastiques de la couleur, sur sa capacité à surprendre la perception. Représentés à partir de 1977 par la galerie Zabriskie à Paris et à New York, ses travaux vont connaître une diffusion internationale. Parallèlement à sa production artistique, John Batho a mené une activité d’enseignement: comme chargé de cours à l’Université de Paris VIII (département des Arts plastiques) de1983 à 1990, puis comme professeur des Ecoles Nationales Supérieures d’Art jusqu’en 2001. Ses oeuvres sont présentes dans de nombreuses collections publiques et privées, en France et à l’étranger.
Représentation : galerie nicolas silin, paris / www.galeriesilin.com

« Depuis quelque temps je suis attentif aux objets sans valeurs, aux laissés pour compte, aux solitudes éprouvées. Au cours de mes déambulations, essentiellement dans les quartiers de l’Est parisien, je me suis arrêté devant ce qu’à l’ordinaire le regard évite, ce qui gêne, encombre les trottoirs, est jeté dehors. Des objets, mais aussi des êtres humains, que la rue finit par chosifier. Au jeu des sept erreurs, la rue est gagnante.
Rebuts, épaves : canapés ou vélos désossés, meubles disloqués, restes de quelque chose, en dépôts ordonnés, placés là provisoirement avant leur enlèvement, ou fatras de misère installés pour plus longtemps. Car les épaves - à savoir objets sans propriétaire - sont récupérées ici ou là par des sans logis pour créer des parcelles d’espaces domestiques exposés aux regards des passants, entre façades et chaussée. Ce peut être un ramassis, pauvre parodie d’abondance, parfois nomade grâce aux chariots des centres commerciaux, ou un simple matelas étalé sur la voie publique. Ce peut être aussi une couverture dissimulant une forme humaine, recroquevillée à même le macadam. Présences insolites que la multiplication dans le paysage urbain rend banales. Présences dérangeantes, parfois à l’incongrue beauté.
Comment alors concilier l’esthétique et le social, l’esthétique et l’empathie ?
J’ai fait le choix du négatif pour répondre à cette question. Ainsi, tout en saisissant le sujet dans son actualité, je le tiens à distance comme pour une lecture sur négatoscope. Cette curieuse radiographie aux couleurs inversées réclame un examen attentif, évite que le regard ne se perde dans une lecture de surface. Au lieu d’apparaître dans la couleur qu’il renvoie, le sujet se révèle dans la couleur qu’il retient : ce qui se voyait orange devient bleu, le rose devient vert, l’ombre devient lumière ... Seul le gris reste gris.
La vision en couleur froide qui en résulte, d’une beauté étrange, perturbe et désigne la crudité du réel, voile les identités pour en mieux dire l’affligeante universalité ». John Batho